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La charte du Mande: 1ère déclaration des droits de l’Homme?

En ce 10 Décembre où l’on célébre la journée internationale des droits de l’Homme; il serait intéressant de se pencher sur la charte du Mandé qui ressemble, à bien des égards,  à une déclaration des droits de l’Homme.  Les historiens situent la date de sa proclamation autour de 1236 à Kouroukan Fouga au Mali. Ce  qui concïde à la période du règne de l’empereur Soundiata Keita. Cette charte se compose d’un préambule  et de sept chapitres.

 Préambule

Le Manden fut fondé sur l’entente et l’amour, la liberté et la fraternité. Cela signifie qu’il ne saurait y avoir de discrimination ethnique ni raciale au Manden. Tel fut le sens de notre combat. Par conséquent, les enfants de Sanenè et Kòntròn font, à l’adresse des douze parties du monde et au nom du Manden tout entier, la proclamation suivante

article 1

Les chasseurs déclarent  :

Toute vie [humaine] est une vie.

Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie.

Mais une vie n’est pas plus « ancienne », pus respectable, qu’une autre vie.

De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie.

article 2

Les chasseurs déclarent :

Toute vie étant une vie,

Tout tort causé à une vie exige réparation,

par conséquent,

Que nul ne s’en prenne gratuitement à son voisin,

Que nul ne cause du tort à son prochain,

Que nul ne martyrise son semblable.

article 3

les chasseurs déclarent :

Que chacun veille sur son prochain,

Que chacun vénère ses géniteurs,

Que chacun éduque comme il faut ses enfants,

Que chacun « entretienne » autrement dit pourvoie aux besoins des membres de sa famille.

article 4

Les chasseurs déclarent :

Que chacun veille sur le pays de ses pères.

Par pays ou patrie,

Il faut entendre aussi et surtout les hommes;

Car tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface deviendrait aussitôt nostalgique [connaîtrait la tristesses et la désolation].

article 5

Les chasseurs déclarent :

La faim n’est pas une bonne chose;

L’esclavage n’est pas une bonne chose;

Il n’y a pas pire calamité que ces choses-là

Dans ce bas-monde.

Tant que nous détiendrons le carquois et l’arc,

La faim ne tuera plus personne au Manden,

Si d’aventure la famine venait à sévir;

La guerre ne détruira plus jamais de village au Manden

Pour y prélever des esclaves;

C’est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche

de son semblable

Pour aller le vendre,

Personne ne sera non plus battu,

A fortiori mis à mort,

parce qu’il est fils d’esclave.

article 6

Les chasseurs déclarent :

L’essence de l’esclavage est éteinte ce jour,

« d’un mur à l’autre » du Manden;

La razzia est bannie à compter de ce jour au Manden;

Les tourments nés de ces horreurs sont finis à partir de ce jour au Manden.

Quelle épreuve que le tourment !

Surtout lorsque l’opprimé ne dispose d’aucun recours.

Quelle déchéance que l’esclavage !

L’esclave ne jouit d’aucune considération,

Nulle part dans le monde.

article 7

les gens d’autrefois nous disent :

L’homme en tant qu’individu,

Fait d’os et de chair,

De moelle et de nerfs

De peau et de poils qui la recouvrent,

Se nourrit d’aliments et de boissons;

Mais son « âme », son esprit vit de trois choses :

Voir qui il a envie de voir,

Dire ce qu’il a envie de dire,

Et faire ce qu’il a envie de faire;

Si une seule de ces choses venait à manquer à l’âme,

Elle en souffrirait,

Et s’étiolerait sûrement.

En conséquence, les chasseurs déclarent :

Chacun dispose désormais de sa personne,

Chacun est libre de ses actes,

Dans le respect des « interdits », des lois de la Patrie,

Tel est le serment du Manden,

À l’adresse des oreilles du monde entier.

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