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L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane

Roman terminé, j’ai pris mon temps pour le lire  pourtant ce n’est pas un long roman (juste 121 pages). Il faut dire qu’il donne matière à réfléchir.

Dans cette aventure, le lecteur suit Samba Diallo, jeune garçon du clan des Diallobé qui commence son éducation chez le maître des Diallobé. Ce dernier l’initie à la connaissance de la  parole de Dieu. Il faut savoir que l’éducation africaine est fondamentalement spirituelle:  Dieu est au centre de tout dans l’existence de l’Homme .  Cet apprentissage s’est fait dans la douleur

Ah !… Ainsi, tu peux éviter les fautes ? Pourquoi donc en fais-tu
?… Hein… pourquoi ?
Le maître avait abandonné la cuisse ; maintenant il tenait l’oreille de
Samba Diallo. Ses ongles s’étaient rejoints à travers le cartilage du
lobe qu’ils avaient traversé.

Néanmoins, le jeune garçon s’imprègne de ce mystère  et apprécie même l’empreinte que la Parole laisse en lui.  Tout aurait été peut-être différent si la colonisation n’avait pas bouleversé les us et coutumes des Diallobé. Elle était venue avec des pensées nouvelles et dans cette école nouvelle, on enseignait

cet art de vaincre sans avoir raison

Samba Diallo est choisi sous l’impulsion de  sa cousine, la Grande Royale, pour apprendre cet art. Dans une grande clarté d’esprit, elle avait pourtant entrevu le prix du sacrifice.

L’école où je pousse nos enfants tuera en eux ce qu’aujourd’hui nous aimons et conservons avec soin, à juste titre. Peut être notre souvenir lui-même mourra-t-il en eux. Quand ils nous reviendrons de l’école, il en est qui ne nous reconnaîtront pas. Ce que je propose, c’est que nous acceptions de mourir en nos enfants et que les étrangers qui nous ont défait prennent en eux toute la place que nous aurons laissée libre 

A l’école du blanc, les repères de Samba Diallo changent.  Son éducation spirituelle de base est mise à rude épreuve face au courant de pensée plus cartésien de l’Europe. Dieu n’est pas au centre de l’activité de l’Homme blanc contrairement aux enseignements du maître des Diallobé et de son père. Quel  dilemme !!!

En quête de cette empreinte spirituelle qui l’avait marqué, notre héros est troublé. Un retour au bercail s’impose. Malheureusement le choc est violent entre un  Samba Diallo devenu sceptique et un « fou » symbolisant le refus d’hybridité, de métissage. L’irréparable est commis.

Mon avis

Le récit est philosophique. L’auteur ne s’attarde pas sur des détails descriptifs inutiles. Il va droit au but, seule la réflexion prime.

Au-delà de la quête de soi, je trouve que Samba Diallo incarne également la tragédie intérieure des peuples africains aux lendemains de la colonisation.

Deux cultures différentes ne peuvent- elles pas coexister? L’une doit-elle forcément exclure l’autre ?  Ne peut-on pas  s’enrichir de la culture de l’autre sans se dénaturer, sans devenir « complexé » ou encore « acculturé », sans souffrir de troubles identitaires?

Autant de questions que je me suis posée à la lecture de ce roman et qui sont toujours d’actualité.

Oui, peut-être qu’au fond c’était cela… En mourant parmi la grande clameur des combats livrés au nom de ton Ami, c’est eux-mêmes que tous ces combattants voulaient chasser d’eux-mêmes, afin de se remplir de Lui. Peut-être, après tout…

Mais c’est une vérité partielle, et tant qu’il y aura de l’avenir, toute vérité sera partielle. La vérité se place à la fin de l’histoire

Je vous laisse le découvrir ou le redécouvrir. Pour plus d’échanges, vous pouvez également nous suivre sur facebook

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